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 Predications de l'Avent 2015 par le Père Cantalamessa

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Pearl
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MessageSujet: Predications de l'Avent 2015 par le Père Cantalamessa   Ven 4 Déc - 19:11

Première méditation du père Cantalamessa pour le temps de l'Avent




Le père Cantalamessa face au Saint-Père et aux responsables de la Curie, lors de sa prédication du 4 décembre 2015 -
04/12/2015

(RV) Le père capucin Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, a délivré aujourd’hui devant le Pape François et les responsables de la Curie romaine sa première méditation pour le temps de l’Avent. Il s’agissait de la première étape d’une série de prédications sur les quatre constitutions du Concile Vatican II, cinquante ans après sa conclusion.

Ces textes portent sur l’Église (Lumen Gentium), sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium), sur la Parole de Dieu (Dei Verbum) , et sur l’Église dans le monde (Gaudium et Spes). Le père Cantalamessa a choisi de faire porter ses méditations de l’Avent sur Lumen Gentium, et il compte aborder les autres textes dans ses méditations de Carême, en février et mars 2016.

Pour sa première méditation de l'Avent, il s'est appuyé sur les réflexions du cardinal Ratzinger, avant qu’il ne devienne le Pape Benoît XVI, affirmant que «si l’on veut comprendre correctement le Concile Vatican II, il faut commencer par cette phrase initiale de Lumen Gentium : "le Christ est la lumière des peuples"».

Le Concile a développé «une ecclésiologie christologique, et donc spirituelle et mystique, plus que sociale et institutionnelle, a précisé le père Cantalamessa. Il est nécessaire de remettre au premier plan cette dimension christologique de l’ecclésiologie du Concile, aussi en vue d’une évangélisation plus efficace. On n’accepte pas, en effet, le Christ pas amour de l’Église, mais on accepte l’Église par amour du Christ.»

«L'’Église est le corps du Christ parce qu’elle est l’épouse de l’Église», a rappelé le père capucin, précisant que la vision de l’Église comme «corps mystique» du Christ, a permis de rapprocher les ecclésiologies orthodoxe et catholique.

Ainsi l’Église est «belle dans les âmes», a déclaré le père Cantalamessa, citant Saint Ambroise de Milan. Reprenant les paroles du théologien byzantin Nicolas Casabilas, le prédicateur a rappelé que «dans l’eucharistie, le Christ se reverse en nous et se fonde en nous, mais en nous transformant en lui comme une goutte d’eau versée dans un océan infini d’onguent parfumé». Saint Hilaire de Poitiers écrivait que dans l’Eucharistie, «Jésus nous dit : prend ceci est mon corps, mais nous aussi nous pouvons lui dire "prends, ceci est mon corps".»

Le père Cantalamessa a alors insisté sur la notion de rencontre personnelle avec Jésus, dans le monde actuel qui n’est plus un monde «de chrétienté». «Il s’agit de prononcer la phrase "Jésus est le Seigneur", comme la prononçaient Paul et les premiers chrétiens», et surtout de prendre conscience du fait que «Jésus n’est plus un personnage mais une personne, non plus seulement une mémoire (…) mais une présence», «ce qui signifie aussi de ne prendre aucune décision d’importance sans la lui avoir soumise dans la prière».

Et ce qui est vrai à l’échelle individuelle l’est aussi au niveau communautaire. «La fécondité de l’Église dépend de son amour pour le Christ. Le service le plus précieux que chacun de nous peut rendre à l’Église est donc celui d’aimer Dieu et de croître dans l’intimité avec lui », a-t-il conclu.
http://fr.radiovaticana.va/news/2015/12/04/premi%C3%A8re_m%C3%A9ditation_du_p%C3%A8re_cantalamessa_pour_le_temps_de_lavent/1191982

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« Tu es grand, Seigneur, et louable hautement… Tu nous as faits pour Toi et notre cœur est sans repos tant qu’il ne se repose pas en Toi » (saint Augustin).
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Pearl
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MessageSujet: Re: Predications de l'Avent 2015 par le Père Cantalamessa   Mar 15 Déc - 18:29



Première prédication de l’Avent 04/12/2015

1. Une ecclésiologie christologique

L’heureuse occasion des 50 ans de la clôture du concile Vatican II m’a suggéré de consacrer les trois méditations de l’Avent à l’événement, en revisitant ses principaux contenus. Concrètement, je voudrais procéder à une réflexion sur chacun des principaux documents du concile que sont les quatre constitutions sur l’Eglise (Lumen gentium), sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium), sur la Parole de Dieu (Dei Verbum) et sur l’Eglise dans le monde (Gaudium et spes).
Mon courage d’affronter, en si peu de temps, des thèmes aussi vastes et discutés, part d’un constat. On a beaucoup écrit et beaucoup dit sur le concile, mais presque toujours pour ses implications doctrinales et pastorales ; rarement pour ses contenus strictement spirituels. Je voudrais donc me concentrer exclusivement sur ces contenus, essayant de voir ce que le concile a encore à nous dire comme textes de spiritualité, pour édifier notre foi.
Nous commencerons en consacrant les trois méditations de l’Avent à Lumen gentium, réservant le reste pour le carême prochain, si Dieu le veut. Les trois thèmes de la constitution sur les quels je voudrais réfléchir sont l’Eglise corps et épouse du Christ, l’appel universel à la sainteté et la doctrine sur la Sainte Vierge.
L’inspiration pour ma première méditation sur l’Eglise m’est venue en lisant, par hasard, le début de la constitution dans le texte latin. Il y est dit: « Lumen gentium cum sit Christus… », « Etant le Christ la lumière des peuples … ». Je dois dire, avec ma honte, que je n’avais jamais fait attention aux implications énormes contenues dans ce début. D’avoir pris comme titre de la constitution uniquement la première partie de la phrase m’avait fait penser (et je crois ne pas être le seul) que « lumière des peuples » se référait à l’Eglise, alors que c’est du Christ qu’il s’agit, comme on peut le voir. C’est en ces termes que le vieux Siméon accueillit le Messie enfant conduit au temple par Marie et Joseph: « Lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à son peuple Israël » (Lc 2, 32).
Cette phrase initiale est la clef pour interpréter toute l’ecclésiologie de Vatican II. Une ecclésiologie christologique, donc spirituelle et mystique, avant même d’être sociale et institutionnelle. Il faut remettre au premier plan cette dimension christologique de l’ecclésiologie du concile, cela rendrait également l’évangélisation plus efficace. On n’accepte en effet pas le Christ par amour de l’Eglise, mais on accepte l’Eglise par amour du Christ. Voire même une Eglise défigurée par le péché de tant de ses représentants.
Que je vous dise tout de suite, je ne suis certes pas le premier à mettre l’accent sur la dimension essentiellement christologique de l’ecclésiologie de Vatican II. Après avoir relu les nombreux écrits du cardinal Ratzinger sur l’Eglise, je me suis rendu compte que celui-ci insistait beaucoup sur cette dimension de la doctrine sur l’Eglise de Lumen gentium, et qu’il faisait tout pour l’entretenir. On trouve déjà trace dans ses écrits des implications doctrinales de la phrase initiale: « Lumen gentium cum sit Christus… », « Le Christ est la lumière des peuples », suivi de l’affirmation : « Pour comprendre correctement Vatican II, il faut toujours repartir de cette phrase initiale » .
Afin d’éviter tout malentendu, précisons tout de suite: personne n’a jamais rejeté cette vision spirituelle et intérieure de l’Eglise; mais, comme cela arrive toujours dans les choses humaines, ce qui est nouveau risque d’éclipser ce qui est ancien, ce qui est actuel fait perdre de vue l’éternel et ce qui est urgent prend le dessus sur ce qui est important. Il est donc arrivé que les idées de communion ecclésiale et de peuple de Dieu n’aient été développées que dans un sens horizontal et sociologique, autrement dit sur fond d’opposition entre la koinonia et la hiérarchie, insistant plus sur la communion des membres de l’Eglise entre eux, que sur la communion de tous les membres avec le Christ.
C’était peut-être du à une priorité du moment et, en tant que telle, une conquête ; saint Jean Paul II la prend comme telle et la met en valeur dans sa lettre apostolique Novo millennio ineunte . Mais cinquante ans après la fin du concile, il est peut être utile de chercher à rétablir l’équilibre entre cette vision de l’Eglise conditionnée par les débats du moment et la vision spirituelle et mystique du Nouveau Testament et des Pères de l’Eglise. La question fondamentale n’est pas « qu’est-ce que l’Eglise », mais « qui est l’Eglise » et c’est par cette question que je voudrais me laisser guider dans cette méditation.

2. L’Eglise corps et épouse du Christ

L’âme et le contenu christologique de Lumen gentium (LG) apparaissent surtout dans le chapitre I, là où l’Eglise se présente comme épouse du Christ et corps du Christ. En voici quelques lignes :
« L’Église s’appelle encore « la Jérusalem d’en haut » et « notre mère » (Ga 4, 26 ; cf. Ap 12, 17) ; elle est décrite comme l’épouse immaculée de l’Agneau immaculé (Ap 19, 7 ; 21, 2.9 ; 22, 17) que le Christ « a aimée, pour laquelle il s’est livré afin de la sanctifier » (Ep 5, 26), qu’il s’est associée par un pacte indissoluble, qu’il ne cesse de « nourrir et d’entourer de soins » (Ep 5, 29) ; l’ayant purifiée, il a voulu se l’unir et se la soumettre dans l’amour et la fidélité (cf. Ep 5, 24) » (LG, 6).
Ceci pour son titre d’épouse; sur son titre « corps du Christ », il est dit:
« Le Fils de Dieu, dans la nature humaine qu’il s’est unie, a racheté l’homme en triomphant de la mort par sa mort et sa résurrection, et il l’a transformé en une créature nouvelle (cf. Ga 6, 15 ; 2 Co 5, 17). En effet, en communiquant son Esprit à ses frères, qu’il rassemblait de toutes les nations, il les a constitués, mystiquement, comme son corps. […].Participant réellement au Corps du Seigneur dans la fraction du pain eucharistique, nous sommes élevés à la communion avec lui et entre nous: Puisqu’il n’y a qu’un seul pain, à nous tous nous ne formons qu’un corps, car tous nous avons part à ce pain unique » (1 Co 10, 17). (LG 7).
Là aussi, on doit reconnaître au cardinal Ratzinger le mérite d’avoir mis valeur cette relation intrinsèque entre ces deux images de l’Eglise : l’Eglise est « corps » du Christ parce qu’elle est « épouse » du Christ! Autrement dit, à l’origine de l’image de l’Eglise comme corps du Christ, il n’y a pas chez S. Paul la métaphore stoïque de la collaboration des membres dans le corps humain (même s’il lui arrive parfois d’utiliser cette application, comme dans Rom 12, 4 ss in 1 Cor 12, 12 ss.)), mais l’idée conjugale de l’unique chair que l’homme et la femme forment en s’unissant en mariage (Eph 5, 29-32) et encore plus l’idée eucharistique de l’unique corps que forment ceux qui mangent le même pain: « Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain. » (1 Cor 10, 17) .
Il est à peine nécessaire de rappeler que ceci était le cœur de la conception augustinienne de l’Eglise, au point de donner parfois l’impression d’identifier purement et simplement le corps du Christ qui est l’Eglise au corps du Christ qui est l’eucharistie . C’est ce que montre l’évolution de l’expression « corps mystique » du Christ, associée d’abord à l’Eucharistie puis, peu à peu, à l’Eglise, comme c’est le cas aujourd’hui . Cette vision, on le sait, est aussi celle qui rapproche le plus l’ecclésiologie catholique de l’ecclésiologie eucharistique de l’Eglise orthodoxe. Sans l’Eglise et sans l’eucharistie, Jésus Christ n’aurait pas de « corps » sur terre.

3. De l’Eglise à l’âme

Un principe souvent répété et appliqué par les Pères de l’Eglise déclame « Ecclesia vel anima », l’Eglise, ou bien l’âme . Le sens est celui-ci : ce que l’on dit en général de l’Eglise, mutatis mutandis, s’applique en particulier à chaque personne dans l’Eglise. A saint Ambroise on doit l’affirmation: « C’est dans les âmes que l’Église est belle » . Mais tenons-nous en au but déclaré de ces méditations qui consiste à saisir les aspects plus directement « édifiants » de l’ecclésiologie conciliaire, et demandons-nous : que peut signifier pour la vie spirituelle du chrétien vivre et réaliser cette idée d’Eglise, corps du Christ et épouse du Christ?
Si l’Eglise, dans son acception la plus intime et vraie, est le corps du Christ, je réalise en moi l’Eglise, je suis un « être ecclésial » , dans la mesure où je permets au Christ de faire de moi son corps, pas seulement en théorie, mais concrètement aussi. Ce qui compte n’est pas la place que j’occupe dans l’Eglise, mais la place que le Christ occupe dans mon cœur !
Objectivement, cela se réalise à travers les sacrements, surtout deux d’entre eux; le baptême et l’eucharistie. Le baptême nous l’avons reçu une seule fois, en revanche l’Eucharistie nous la recevons chaque jour. D’où l’importance de la célébrer et de la recevoir, pour qu’elle puisse vraiment remplir sa mission qui consiste à faire de nous l’Eglise. La fameuse maxime de Lubac « l’Eucharistie fait l’Eglise » s’applique à la communauté mais aussi à la personne: l’Eucharistie fait de chacun de nous le corps du Christ, c’est-à-dire l’Eglise. Et ici aussi je voudrais me servir du cardinal Ratzinger et de ses profondes paroles:
« Communion signifie que la barrière apparemment insurmontable de mon moi est brisée […] signifie donc fusion des existences. Comme dans l’alimentation, le corps peut assimiler une substance étrangère et vivre ainsi ; de même mon moi est ‘assimilé’ en Jésus, rendu semblable à lui dans un échange qui efface chaque fois plus la ligne de séparation » .
Deux existences, la mienne et celle du Christ, n’en forment plus qu’une, « sans confusion ni division », non pas de manière hypostatique, comme dans l’incarnation, mais mystiquement et réellement. De deux « moi », en sort un seul: pas mon petit « moi » de créature, mais celui du Christ, au point que chacun de nous, après avoir reçu l’eucharistie, peut oser dire, avec Paul: « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20). Dans l’eucharistie, écrit Nicolas Cabasilas,
« Christ pénètre en nous pour ne faire qu’un avec nous. Il nous change et nous transforme en lui-même. Nous sommes comme une petite goutte d’eau dans un immense océan de parfum » .
L’image de l’Eglise corps du Christ est intrinsèquement liée à celle de l’Eglise épouse du Christ, disait-on. Et cela peut nous aider à vivre en profondeur, de manière « mystagogique », l’eucharistie. La Lettre aux Ephésiens dit que le mariage humain est un symbole de l’union entre le Christ et l’Eglise: « À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église! » (Eph 5, 31-33). Selon saint Paul, la conséquence immédiate du mariage c’est que la femme dispose du corps du mari et, vice-versa, l’homme dispose du corps de la femme (cf. 1 Cor 7, 4).
Appliqué à l’eucharistie cela signifie que la chair incorruptible et vivifiante du Verbe incarné, devient « mienne », mais aussi ma chair, mon humanité, devient celle du Christ, lui appartient. Dans l’eucharistie nous recevons le corps et le sang du Christ, mais le Christ aussi « reçoit » notre corps et notre sang! Jésus, écrit saint Hilaire de Poitiers, n’assume en son propre corps que la chair de celui qui prend la sienne . Jesus nous dit: « Prenez, ceci est mon corps », mais nous aussi nous pouvons lui dire: « Prend, ceci est mon corps ».
Dans son recueil de poésies eucharistiques intitulé « Chant du Dieu caché », le futur pape Karol Wojtyla appelle ce nouveau sujet, dont le Christ a transformé la vie, un « moi eucharistique »:
« Le miracle de la transformation
Aura bien lieu:
Tu deviendras moi -
Moi – eucharistique »
.
Il n’y a rien dans ma vie qui n’appartienne au Christ. Nul ne saurait dire : « Ah, Jésus, vous ne savez pas ce que veut dire être marié, être une femme, avoir perdu un enfant, être malade, être âgé, être une personne de couleur! » Si toi tu le sais, Jesus le sait lui aussi, grâce à toi et en toi. Ce que le Christ n’a pu vivre « selon la chair », durant son existence sur terre limitée, comme n’importe homme, à certaines expériences, il le vit et « l’expérimente » maintenant qu’il est ressuscité, « selon l’Esprit », grâce à la communion nuptiale de la messe. Dans la femme vit « l’être femme », dans la personne âgée « l’être âgé », dans le malade « la condition du malade ». Tout ce qui « manquait » à la pleine « incarnation » du Verbe « s’accomplit » dans l’Eucharistie.
En écrivant « l’épouse est à l’époux. Le mien m’a prise, il veut que je lui sois une humanité de surcroit » , la bienheureuse Elisabeth de la Trinité montre qu’elle a compris le motif profond de cela. C’est comme si Jésus nous disait: « J’ai faim de toi, je veux vivre de toi, c’est pourquoi je dois vivre dans chacune de tes pensées, dans chaque affection que tu portes, je dois vivre de ta chair, de ton sang, de tes peines quotidiennes, je dois me nourrir de toi comme toi tu te nourris de moi! »
Quelle inépuisable raison de stupeur et de consolation que cette idée que notre humanité devienne l’humanité du Christ! Mais aussi quelle responsabilité! Si mes yeux sont devenus les yeux du Christ, ma bouche celle du Christ, quelle puissante raison pour d’interdire à mon regard de s’attarder sur des images lascives, à ma langue de parler contre son frère, à mon corps de servir d’instrument de péché ! « Vais-je donc prendre les membres du Christ pour en faire les membres d’une prostituée ? » (1Cor 6,15). Ces paroles interpellent tout baptisé. Mais que dire des consacrés, des ministres de Dieu, qui devraient être les « modèles du troupeau » (1 Pt 5,3)? L’idée du terrible dommage que l’on fait, dans ce cas, au corps du Christ qu’est l’Eglise a de quoi nous faire trembler.

4. La rencontre personnelle avec Jésus

Jusqu’ici j’ai parlé de l’apport objectif, ou sacramentel, à notre devenir Eglise, c’est-à-dire corps du Christ. Mais il y a aussi une dimension subjective et existentielle. C’est ce que le pape François dans Evangelii gaudium appelle « la rencontre personnelle avec Jésus de Nazareth ». Ecoutons à nouveau ses paroles:
« J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui » (EG, nr.3)
Ici nous devons peut-être faire un pas en avant même par rapport à l’ecclésiologie du concile. Dans le langage catholique, « la rencontre personnelle avec Jésus » n’a jamais été un concept très familier. Au lieu de rencontre « personnelle », on préférait l’idée d’une rencontre ecclésiale, qui passe donc par les sacrements de l’Eglise. L’expression avait, à nos oreilles de catholiques, une résonnance vaguement protestante. Il est clair que l’on ne propose pas de remplacer la rencontre personnelle avec le Christ par la rencontre sacramentelle. On veut plutôt que la rencontre sacramentelle soit aussi une rencontre décidée ou ratifiée librement, qui ne soit pas purement nominale, juridique ou habitudinaire. Si l’Eglise est le corps du Christ, l’adhésion personnelle au Christ est l’unique façon, du point de vue existentiel, pour y entrer et pour en faire vraiment partie.
Pour comprendre ce que veut dire réaliser une rencontre personnelle avec Jésus, il faut jeter un coup d’œil, même sommaire, à l’histoire. Comment devenait-on membre de l’Eglise aux trois premiers siècles? Avec toutes les différences d’un individu à l’autre et d’un lieu à l’autre, ce moment venait après une longue initiation, le catéchuménat, et il était le fruit d’une décision personnelle, voire même dangereuse, car il y avait la possibilité du martyre.
Les choses changèrent quand le christianisme devint, d’abord une religion tolérée et, puis, très vite, une religion favorite, voire même imposée. Dans cette situation, l’accent n’est plus mis sur quand et comment on devient chrétien, autrement dit sur la manière de venir à la foi, mais sur les exigences éthiques de la foi même, sur les changement de coutumes ; en d’autres termes, sur la morale.
La situation, malgré tout, était moins grave qu’il nous paraît aujourd’hui, car avec toutes les incohérences que nous connaissons, la famille, l’école, la culture et peu à peu la société, aidaient, quasi spontanément, à absorber la foi. Sans compter que, dès le début de la nouvelle situation, c’est-à-dire du commencement du IV siècle, étaient nées des formes de vie comme le monachisme puis divers ordres religieux, où le baptême était vécu dans toute sa radicalité et la vie chrétienne fruit dune décision personnelle, souvent héroïque.
Cette situation dite « de chrétienté » a radicalement changé. D’où l’urgence d’une nouvelle évangélisation qui tienne compte de la nouvelle situation. Concrètement, il s’agit de créer pour les hommes d’aujourd’hui des occasions qui leur permettent de prendre, dans le nouvel contexte, cette décision personnelle, libre et mature que les chrétiens prenaient au début en recevant le baptême et qui faisaient d’eux de vrais chrétiens, pas seulement de nom.
Le « Rituel de l’initiation chrétienne des adultes » de 1972 propose une sorte de cheminement, de catéchuménat, pour le baptême des adultes. Dans certains pays à religion mixte, où beaucoup de personnes demandent le baptême à l’âge adulte, cet outil se révèle d’une grande efficacité. Mais que faire pour la masse de chrétiens déjà baptisés qui ne vivent en chrétiens que de nom mais pas dans les faits, complètement étrangers à l’Eglise et en dehors de la vie sacramentelle?
Les innombrables mouvements d’Eglise, agrégations laïques et communautés nouvelles, apparues après le concile, constituent une réponse à ce problème. Malgré de grandes différences de style et de consistance numérique, ces réalités constituent toutes un contexte et l’instrument qui permet à tant de personnes adultes de faire un choix personnel pour le Christ, de prendre au sérieux leur baptême, de devenir des sujets actifs de l’Eglise.
Mais je ne m’attarde pas sur ces aspects pastoraux du problème. Ce que je voudrais souligner, à la fin de cette méditation, c’est encore une fois l’aspect spirituel et existentiel qui nous concerne individuellement. Que veut dire rencontrer et se faire rencontrer personnellement par Jésus? Cela signifie prononcer la phrase « Jésus est le Seigneur ! » comme le prononçaient Paul et les premiers chrétiens, décidant, ainsi, pour toujours, de sa propre vie.
Jésus n’est plus, alors, un personnage, mais une personne; il n’est plus quelqu’un dont on parle, mais quelqu’un à qui et avec qui on peut parler, car il est ressuscité et vivant; une personne qui n’est plus seulement « mémoire », même si liturgiquement vivante et active, mais « présence ». Cela veut dire aussi ne prendre aucune décision de quelque importance, sans la lui avoir d’abord soumise par la prière.
J’ai dit au début que l’on n’accepte pas le Christ par amour de l’Eglise, mais on accepte l’Eglise par amour du Christ. Cherchons donc à aimer le Christ et à le faire aimer, c’est le meilleur service que nous puissions rendre à l’Eglise. Si l’Eglise est l’épouse du Christ, comme toute épouse, elle donne naissance à de nouveaux enfants en s’unissant par amour à son Epoux. La fécondité de l’Eglise dépend de son amour pour le Christ.

1. J. Ratzinger, L’ecclésiologie de Vatican II, en Eglise, œcuménisme et politique, Editions Paoline, Cinisello Balsamo, 1987, pp. 9-16).
2. Cf. S. Jean Paul II, “Novo millennio ineunte”, 42. 45.
3. Cf. H. U. von Balthasar, Sponsa Verbi, Essais de théologie, II, Morcelliana, Brescia 1972, pp. 139 ss. (ed. allemande Sponsa Verbi, Johannes Verlag, Einsiedeln 1961).
4. Joseph Ratzinger, Origine et nature de l’Eglise, dans L’Eglise. Une communauté toujours en marche, Ed. Paoline, Cinisello Balsamo, 1991, pp. 9-31).
5. S. Augustin, Discours, 272 (PL 38, 1247 s.).
6. Cf. H. de Lubac, in Corpus Mysticum. L’Eucharistie et l’Eglise au Moyen Age, Aubier, Paris 1949.
7. Cf. Origene, Dans cant. cant. III (GCS 33, p. 185 e 190); S. Ambroise, Exp. Ps. CXVIII, 6,18 (CSEL 62, p. 117).
8. Cf. H. de Lubac, Exégèse mediévale, I, 2, Paris, Aubier, 1959, p.650.
9. Cf. J. Zizioulas, L’être ecclésial, Labor et fides, Genève 1981 (trad. Ital. Ed. Qiqajon, Comunità di Bose 2007).
10.J. Ratzinger, Origine et nature de l’Eglise, cit.
11. Ni. Cabasilas, Vie en Christ, IV,3 (PG 150, 593).
12. S. Hilaire de Poitiers, De Trinitate, 8, 16 (PL 10, 248): “Eius tantum in se adsumptam habens carnem, qui suam sumpserit”.
13. K. Wojtyla, Tutte le opere letterarie, Bompiani. Milano 2000, p. 75.
14. B. Elisabetta della Trinità, Lettre 261, à la mère (dans Oeuvres, Roma 1967, p. 457).

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